Chloé ouvrit les yeux. Elle ne savait pas où elle était, et sentit son c½ur accélérer subitement. La pièce était plongée dans le noir le plus complet, et seules sa respiration et celle de Tom rompaient le silence.
Elle tendit le bras, et chercha à tâtons l'interrupteur de la lampe de chevet de Tom.
Elle le savait maintenant, elle était dans sa chambre. La chambre d'enfance de son petit ami.
Cette certitude, cependant, ne la rassurait pas. Elle ne trouvait pas le bouton, et comble de la malchance, ses mouvements à l'efficacité gommée par le sommeil étaient rendus encore plus désordonnés par l'envie pressente qui lui tordait la vessie.
Sa main traça fébrilement les contours de la table de chevet, toucha le réveil qui avait du être débranché des années auparavant, sans trouver l'interrupteur.
Que devait-elle faire ? Réveiller Tom pour une simple envie d'aller aux toilettes ? Elle ne savait pas où étaient les toilettes, et si la maison n'était pas grande, elle n'avait aucune envie de croiser Gordon ou Simone dans les couloirs, à la recherche des commodités.
Réveiller Tom. Ou attendre elle ne savait combien d'heures qu'il se réveil, ou que le soleil se lève.
Elle se coucha, résignée à attendre. Qu'un rayon de soleil traverse les lourds volets de bois. Elle n'avait aucune idée de l'heure qu'il était.
Elle se colla contre Tom, et s'accrocha à son bras. Il était couché sur le ventre, le visage tourné vers elle. Son souffle chaud sur son visage.
Elle resta couchée dans cette position une minutes, deux minutes. Pas trois.
L'envie se faisait trop présente.
Dernière tentative. Doucement, pour ne pas réveiller Tom, elle se décrocha de lui. Et se redressa, cherchant l'interrupteur de la lampe. Qu'elle ne trouva pas.
Ses doigts frôlaient le mur, la table de chevet, sans jamais toucher le moindre interrupteur.
La panique la prit au ventre. Elle devait trouver le moyen de sortir de ce lit, de cette chambre, de respirer un autre air que celui de la pièce, lourd. Trop lourd. Ce n'était plus une question de toilettes, de vessie à soulager, c'était bien plus grave. C'était une crise de panique, vitale, dont l'issue serait décisive.
Elle devait réveiller Tom. Il lui était indispensable. Sans lui, elle était dans le noir, littéralement, et sans son aide, elle était incapable de trouver la sortie.
Elle se tourna vers lui et tâtonna sur le matelas. Avança ses mains, à l'aveuglette, et paniqua alors qu'elle ne le trouvait pas.
Les larmes commençaient à couler sur ses joues, et déjà elle reniflait, comme quand elle était petite, après un cauchemar, et que sa mère venait la consoler.
Sans bouger, elle appela, doucement. Sa voix était cassée, comme si elle avait hurlé pendant des heures, et ses yeux la brûlaient, mais elle s'en fichait, là tout de suite elle avait besoin de Tom, de son soutient, de sa douceur. Tom, réveille-toi.
Et Tom dormait. Chloé entendait sa respiration, comme une insulte, trop calme, trop posée pour être naturelle. Pourquoi était-il si calme alors qu'elle avait besoin de lui, désespérément ? Alors qu'elle voulait qu'il la prenne dans ses bras ?
« - Tom, s'il te plait, réveille toi, j'ai besoin de toi. »
Elle entendit le froissement des draps, et eut l'impression de voir Tom ouvrir les yeux, chercher dans le noir où elle pouvait être. Sa main frôla sa cuisse nue, et elle l'attrapa, s'y accrochant comme à une bouée de sauvetage. Il noua leurs doigts et la tira à lui, la forçant à s'accroupir à coté de lui. Elle posa la tête sur son torse, agenouillée.
« - Qu'est-ce qui t'arrives ? »
Sa voix était bien plus caverneuse qu'à l'accoutumée, et elle sentait qu'il dormait encore à moitié.
« - J'ai peur ... »
Elle sentit Tom se tendre et appuyer sur l'interrupteur de la lampe. Curieusement, ses larmes redoublèrent.
« - Hey, p'tit ange, qu'est-ce qui se passe ? » S'inquiéta-t-il.
« - Je ... je voulais aller aux toilettes, et je trouvais pas la lumière ... et ça m'a rappelé mes cauchemars quand j'étais petite ... Et ... Oh ! Tom, elle me manque tellement ! »
Le guitariste se redressa légèrement, prenant tout de fois soin à ce que Chloé ne bouge pas. Elle se retrouva la tête posée sur l'entre-jambe du jeune homme, mais pour le moment, c'était bien le cadet de leurs soucis. Elle se blottit un peu plus contre lui, et déposa un léger baiser sur sa cuisse.
« - Chloé, explique-moi. »
« - Je ... je veux aller aux toilettes avant. » Chuchota-t-elle, encore agitée de soubresauts.
« - Viens, on y va. Et après tu m'expliques d'accord ? »
« - Oui. »
Ils se levèrent, et Tom lui prit la main, et la guida aux toilettes. Chloé se sentit stupide quand elle se rendit compte qu'elle été passé à quelques millimètres seulement de l'interrupteur, et la culpabilité l'envahit quand elle vit Tom bailler aux corneilles.
Le jeune homme la regarda entrer dans les toilettes et se laissa glisser contre le mur. Il ferma les yeux.
Il avait eut peur quand elle l'avait réveillé en pleurant. Il s'était cru revenu au quelques jours plus tôt, alors que lui était impuissant et ne pouvait pas l'aider. Elle avait eu besoin de lui, et lui n'avait rien su faire d'autre que se prostrer sur son lit. A la recherche de son odeur, d'un petit bout d'elle qui pourrait le rassurer. Qui pourrait lui garantir qu'il avait la force de l'aider, d'être fort pour deux.
Alors il n'avait pas le choix, il devait attendre. Et il le savait, le plaisir n'en serait que meilleur, au bout du compte.
Il s'en doutait, la nuit ne serait pas longue. Enfin moins que prévu. Il voulait savoir ce qui lui arrivait, même si il en avait une idée plutôt précise. Il ne l'avouerait jamais, mais il avait un peu honte quand même de ne pas avoir prévu le malaise que pourrait ressentir Chloé face à sa mère, elle qui avait perdu la sienne quelques années plus tôt.
Il n'avait jamais vécu ce genre de drame, mais il n'y croyait pas quand on lui disait que la douleur partait avec le temps. Elle changeait, juste ça. De vive, elle devenait sourde, comme un bruit de fond horriblement gênant, mais rassurant, preuve que l'oubli n'est pas possible, que la personne vit encore dans les souvenirs. Au moins ça.
Il était assis sur le sol quand Chloé sortit. Ses larmes avaient eut le temps de sécher sur ses joues, mais sa respiration restait celle d'une panique folle. Précautionneusement, elle s'assit à côté de lui, savourant la fraicheur du parquet sur ses cuisses brûlantes. Tom ne dit rien, mais posa simplement sa tête sur l'épaule de la jeune fille qui attrapa sa main et la posa sur sa cuisse.
« - On parle ? » Demanda-t-elle.
Elle le savait, elle en avait besoin. Pour plusieurs raisons.
Quand sa mère était morte, son père et elle étaient devenus comme des étrangers. Ils avaient bien sûr finit par s'habituer à la présence de l'autre, à ne plus l'associer à Adelia, mais n'avaient jamais réellement abordé le sujet. Et Chloé le savait, c'était notamment ce silence qui l'avait amenée à reproduire les symptômes de sa mère.
Il fallait crever l'abcès, éclater le silence qui l'entourait depuis trop longtemps.
Et elle le savait, Tom était la personne idéale avec qui parler de cela.
Bien sûr, il n'était pas le géni du tact, loin s'en fallait, il n'aurait peut-être pas les bons mots, comme ceux d'un psy, mais lui, il l'aimait, et ce simple fait changeait tout.
Il l'aimait, et en l'écoutant, il ne compterait pas les minutes avant d'encaisser le chèque, il ne chercherait pas à diagnostiquer quoi que ce soit. Ses mots seraient peut-être maladroits, mais qu'importait ? Ils seraient sincères. Et c'était de cette sincérité dont Chloé avait besoin.
« - Tu veux qu'on aille dans ma chambre ? »
« - Non, on reste là. »
Les mots sortaient, à mi-voix, encore ensommeillés. Chloé ne savait pas par quoi commencer, et espérait que Tom ne la brusquerait pas. Elle ne voulait pas qu'il lui pose de question, elle voulait seulement parler, égoïstement peut-être, mais sans interruption.
« - Ma mère me manque. (Tom resserra la prise de sa main sur sa cuisse.) Je ... je ne m'étais jamais vraiment rendue compte à quel point elle me manquait, parce que j'ai toujours essayé de pas avoir le temps d'y penser. Je ne pensais pas que vous voir, Bill et toi, aussi proches de votre mère, me ferait autant de mal. Je ... je suis pas jalouse, ou quoi que ce soit, mais, ... moi aussi je voudrais pouvoir vivre ça. Elle me manque, Tom, vraiment. Plus que jamais. »
Tom ne répondit pas. Il l'avait écoutée. Mais les mots ne sortaient pas. Il se leva et lui tendit la main, qu'elle attrapa. Il l'emmena jusqu'à la chambre, et la coucha. Il s'allongea derrière elle et se serra contre son dos, entremêlant leurs jambes, enfouissant son nez dans son cou.
Elle adorait cette position, mais se sentait mal à l'aise. Tom n'avait rien trouvé à dire. L'avait-elle ennuyé avec ses histoires ? Avait-il mal pris sa douleur ? Elle ne comprenait pas. Il y avait forcément quelque chose qui clochait non ? Elle ne pouvait pas rester dans le brouillard, il fallait qu'elle sache, absolument.
« - Tom ... ? »
« - Oui ? »
« - Tu ne parles pas. »
Il fronça les sourcils.
« - Je sais pas quoi dire, Chloé. Je préfère me taire que te blesser d'avantage. »
« - Mais c'est pas des conseils que je veux moi ! Je veux que tu me rassures, parce qu'il n'y a vraiment que ça pour m'aider ! » S'offusqua Chloé.
« - 'Tit ange, désolé. Je ... Tu sais, j'ai honte de pas avoir pensé à ça, enfin au fait que ça pouvait te déranger de rencontrer ma mère. Je comprends tu sais. La tienne te manque, mais tu sais quoi ? Je suis sûr qu'elle serait super heureuse de te voir heureuse. »
Chloé fondit en larmes. Encore une fois. Elle se trouvait stupide, vraiment. Elle avait douté de Tom, une fois de plus.
« - Merci. » Chuchota-t-elle en s'appuyant un peu plus contre lui.
Il passa ses bras autour de sa taille.
Chloé ouvrit les yeux, et sentit son c½ur faire un bon en constatant que la pièce était légèrement éclairée par le peu de lumière qui traversait les volets. Elle avait eut peur, encore une fois, que le noir ne la surprenne.
Par habitude, elle se tourna sur le lit, prête à voir Tom la regarder dormir, comme il le faisait quand il se réveillait avant elle, ce qui en période de vacances était assez courant. Il avait beau être un gros dormeur, il avait pris l'habitude des horaires du lycée, et se lever tard était de moins en moins possible, du moins pour quelqu'un combinant devoirs et vie sociale, sans oublier les heures qu'il passait dans la salle de musique avec son frère, Georg et Gustav.
Donc, il n'était pas là. Son c½ur fit un bond dans sa poitrine, et elle sentit les larmes venir, sans trop savoir pourquoi. Il ne l'avait pas abandonnée, il s'était simplement levé plus tôt, et avait juste profité de l'occasion pour passer un peu de temps avec sa mère, sans doute.
n'Stelle
Edit : Oh oh oh ! Ca fait un bail que je ne suis pas venue poster, et je vous le dis, ce n'est pas pour aujourd'hui. Ni pour demain d'ailleur. Le chapitre 3 est toujours pas écris, je vais essayer de le faire pour ce week end. Au plus tard. Merci pour tous vos commentaires. Deux chapitres, et déjà presque la centaine de commentaires. Merci. Je vous aime. See You Later !